20.07.2006
Julie Capable, lu par Nous Voulons Lire !
Il est très intéressant de lire le petit mot qui sert en quelque sorte de dédicace à cet album : « Il aura fallu dix ans pour que cet album paraisse. Je remercie tous ceux qui ont soutenu ce texte… ». Cela rend curieux. Mais, quand on a lu l'album, quand on a admiré les superbes « tableaux » d'Anne Brouillard, on ne peut que regretter la frilosité de l'édition dès qu'un texte touche un problème grave de l'enfance.
L'album ouvre sur l'école où Julie n'arrive à rien faire, d'où son nom, malgré les efforts de la maîtresse. Mais l'attention est tout de suite attirée par la gradation du discours de la maîtresse devant l'incapacité de Julie : d'abord elle « disait », puis « suppliait », puis « criait ». A aucun moment, elle n'essayait de comprendre ou d'encourager. Arrive une superbe double page : 2 lignes de texte : « Julie appelait Maman ! Sa maman ne venait jamais », sous 4 rectangles placés verticalement et décalés, où, sur fond rouge vif ou sombre avec du noir, un peu de vert, apparaissent des visages d'enfants, des pieds d'enfants, des mains d'enfants face à la belle page toute rouge, rouges orangés striés de bruns, de noir, exprimant sans doute la douleur profonde de l'enfant, qui clôt la première partie de l'histoire.
Les couleurs changent en effet à la page suivante : on est en hiver ; Julie a froid ; elle va au cimetière sur une tombe où rien n'est écrit, la Tombe Muette. Et, dans le froid et la neige, elle se couche sur la tombe. Le récit plausible jusque-là devient conte avec l'arrivée de sept chats noirs qui, de leur chaleur, vont l'aider à survivre. S'ouvre alors un superbe dialogue entre les chats et l'enfant ; oui, la maman aimait Julie ; non, elle n'est pas morte de manque d'amour ; iI y avait autre chose dont Julie n'est pas responsable, une « histoire-poison », « une histoire à elle ». Le mystère n'est pas élucidé. A chacun de mettre des situations et des mots derrière cette expression. Mais Julie est rassérénée ; elle est déculpabilisée. Désormais, elle se comporte comme tous les enfants, elle est capable de tout.
Pourquoi donc l'édition a-t-elle longtemps refusé cet ouvrage ? Parce qu'il est question de mort ? de la mort d'une mère, de la douleur d'une enfant ? parce que l'école n'est pas montrée sous son meilleur jour ? parce que la société abandonne ses enfants en détresse ? Je ne sais ; mais chacun peut, selon sa vision de l'enfance, selon sa propre vie, lire cet album différemment. Denise Escarpit
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